{"id":368,"date":"2014-11-11T11:31:00","date_gmt":"2014-11-11T10:31:00","guid":{"rendered":"http:\/\/collectifmdm-idf.org\/?p=368"},"modified":"2020-02-10T11:28:06","modified_gmt":"2020-02-10T10:28:06","slug":"droits-culturels-les-definitions-de-jean-michel-lucas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/collectifmdm-idf.org\/annuaire5\/droits-culturels-les-definitions-de-jean-michel-lucas\/","title":{"rendered":"Droits culturels : les d\u00e9finitions de Jean-Michel Lucas"},"content":{"rendered":"\n<p> 11 novembre 2014 <em>dans Entretien, par Fran\u00e7ois Mauger<\/em> <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">La prochaine <strong>journ\u00e9e de rencontre MDM IdF<\/strong> aura pour  th\u00e8me la mise en pratique des droits culturels tels que d\u00e9finis dans la  <strong>D\u00e9claration de Fribourg<\/strong> (1) \u00e0 travers des projets musicaux en \u00cele-de-France.  <strong>Jean-Michel Lucas<\/strong> contribue \u00e0 nourrir la r\u00e9flexion par son approche  pr\u00e9cise et pertinente.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Universitaire reconnu, Jean-Michel Lucas est aujourd\u2019hui en France  l\u2019un des plus ardents d\u00e9fenseurs des droits culturels. Quelques  questions faussement na\u00efves \u00e0 un v\u00e9ritable expert\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"> par Fran\u00e7ois Mauger <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"756\" height=\"250\" src=\"https:\/\/collectifmdm-idf.org\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Jean-Michel-Lucas-756x250-1.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-253\" srcset=\"https:\/\/collectifmdm-idf.org\/annuaire5\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Jean-Michel-Lucas-756x250-1.png 756w, https:\/\/collectifmdm-idf.org\/annuaire5\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Jean-Michel-Lucas-756x250-1-300x99.png 300w\" sizes=\"(max-width: 756px) 100vw, 756px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>Certains r\u00e9sument les \u00ab&nbsp;droits culturels&nbsp;\u00bb au droit de \nparticiper \u00e0 la vie culturelle. Mais n\u2019est-ce pas un droit d\u00e9j\u00e0 \u00e9tabli, \nen France en tout cas ? L\u2019acc\u00e8s aux biblioth\u00e8ques, aux th\u00e9\u00e2tres, aux \nsalles d\u2019exposition n\u2019est interdit \u00e0 personne\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>Jean-Michel Lucas&nbsp;:<\/strong> Le droit de participer \u00e0 la vie \nculturelle est explicit\u00e9 dans l\u2019article 27 de la D\u00e9claration Universelle\n des droits de l\u2019homme de 1948, ce qui lui donne une assise solide. \nMais, il faut bien lire cet article&nbsp; 27 : \u00ab&nbsp;<em>Toute personne a le \ndroit de prendre part librement \u00e0 la vie culturelle de la communaut\u00e9, de\n jouir des arts et de participer au progr\u00e8s scientifique et aux \nbienfaits qui en r\u00e9sultent<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">L\u2019id\u00e9e de \u00ab&nbsp;prendre part librement&nbsp;\u00bb va de pair avec \u00ab&nbsp;la vie  culturelle de la communaut\u00e9&nbsp;\u00bb. Pour la France, on peut dire que si la  communaut\u00e9 \u00e0 laquelle on se r\u00e9f\u00e8re est la nation fran\u00e7aise, une et  indivisible, la libert\u00e9 de \u00ab&nbsp;prendre part&nbsp;\u00bb est, formellement, totale.  C\u2019est un peu moins \u00e9vident si l\u2019on consid\u00e8re qu\u2019une personne se  reconna\u00eet dans plusieurs communaut\u00e9s.&nbsp; Par exemple, pour peu qu\u2019une  personne adh\u00e8re \u00e0 une&nbsp; communaut\u00e9 dont la langue&nbsp; n\u2019est pas le fran\u00e7ais,  la question de sa libert\u00e9 de prendre part \u00e0 la vie culturelle de cette  communaut\u00e9 se pose. Il a fallu des ann\u00e9es de lutte pour que la situation  s\u2019am\u00e9liore et la Charte europ\u00e9enne des langues minoritaires n\u2019est  toujours pas ratifi\u00e9e par la France !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">On doit aussi consid\u00e9rer \u2014&nbsp;et c\u2019est le sens de mes \u00e9crits&nbsp;\u2014 que la  seule interpr\u00e9tation acceptable est que la \u00ab&nbsp;libert\u00e9 de prendre part&nbsp;\u00bb  doit \u00eatre<strong> effective<\/strong> et pas seulement formelle. Il est plus facile de prendre part \u00e0 la vie culturelle de la communaut\u00e9 des  musiques dites \u00ab&nbsp;classiques&nbsp;\u00bb quand l\u2019\u00c9tat et la ville de Paris se  payent une Philharmonique \u00e0 380 millions ! L\u2019article 27 pose donc la  question de la l\u00e9gitimit\u00e9 des communaut\u00e9s culturelles \u00e0 \u00eatre prises en  consid\u00e9ration dans les n\u00e9gociations de politique publique. Autrement  dit, l\u2019article 27 devrait \u00eatre un argument \u00e0 faire valoir dans les  n\u00e9gociations sur la r\u00e9partition des ressources publiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>La d\u00e9claration de Fribourg dit que \u00ab Toute personne, aussi \nbien seule qu\u2019en commun, a le droit de conna\u00eetre et de voir respecter sa\n propre culture \u00bb. En France, ce droit a longtemps \u00e9t\u00e9 ni\u00e9 \u00e0 ceux qui se\n r\u00e9f\u00e9raient, par exemple, aux cultures bretonnes ou basques. O\u00f9 en \nest-on aujourd\u2019hui ? Et est-ce que la dignit\u00e9 culturelle d\u2019autres \npopulations est aujourd\u2019hui ni\u00e9e dans l\u2019Hexagone ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>Jean-Michel Lucas&nbsp;:<\/strong> &nbsp;La d\u00e9claration de Fribourg ne  pose pas la question ainsi. Elle refuse l\u2019id\u00e9e d\u2019identit\u00e9s culturelles  collectives qui donc devraient s\u2019imposer \u00e0 des individus. La culture  bretonne ne peut pas obliger toutes les personnes qui habitent la  Bretagne (cf. le probl\u00e8me du Qu\u00e9bec et de l\u2019obligation d\u2019y apprendre le  fran\u00e7ais). La D\u00e9claration de Fribourg dit que chacun peut choisir sa  communaut\u00e9 culturelle (c\u2019est-\u00e0-dire ses r\u00e9f\u00e9rences culturelles). Nul ne  peut, non plus, \u00eatre assign\u00e9 \u00e0 une culture contre son gr\u00e9. Chaque  personne doit avoir la libert\u00e9, aussi, de se s\u00e9parer de cette communaut\u00e9  \u00e0 son gr\u00e9. C\u2019est la personne, et seulement la personne, qui dispose  d\u2019une identit\u00e9 culturelle propre (pas la ville, la r\u00e9gion, le collectif,  etc..). Si un groupe parle de \u00ab&nbsp;sa&nbsp;\u00bb culture de communaut\u00e9, cela ne  peut concerner que les personnes qui y adh\u00e8rent de mani\u00e8re libre et  r\u00e9tractable. Sinon, on est hors des droits culturels.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Du coup, la question de la dignit\u00e9 culturelle se pose autrement&nbsp;: \nelle est renvoy\u00e9e \u00e0 l\u2019identit\u00e9 culturelle de la personne dans ses \nrelations \u00e0 toutes les autres personnes (et non \u00e0 la culture de \n\u00ab&nbsp;populations&nbsp;\u00bb). Autrement dit, toute personne peut, \u00e0 chaque instant, \n\u00ab&nbsp;mettre en indignit\u00e9&nbsp;\u00bb&nbsp; une autre personne, faute d\u2019avoir reconnu son \nidentit\u00e9 culturelle (souvent on dit \u00ab&nbsp;vexer&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;marginaliser&nbsp;\u00bb, sans \nprendre la personne en consid\u00e9ration, ce qui est souvent notable dans \nles relations entre les organisateurs et le public.)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Ou \u00e0 l\u2019inverse, et c\u2019est le sel de l\u2019action culturelle, toute \npersonne (ou organisation libre de personnes) peut, par son action, \ncontribuer \u00e0 la dignit\u00e9 d\u2019autres personnes, c\u2019est \u00e0 dire participer \u00e0 \n\u00e9largir la reconnaissance de leurs identit\u00e9s culturelles\u2026 (On pourrait \ndire plus prosa\u00efquement les accompagner pour devenir quelqu\u2019un&nbsp;: une \nstar, un interpr\u00e8te recherch\u00e9, un journaliste appr\u00e9ci\u00e9, un organisateur \nvaloris\u00e9, mieux reconnu dans la dignit\u00e9 de son identit\u00e9 culturelle). Je \nrappelle, \u00e0 ce propos, la d\u00e9finition de l\u2019identit\u00e9 culturelle de la \nD\u00e9claration de Fribourg : \u00ab&nbsp;<em>L\u2019expression \u201c&nbsp;identit\u00e9 culturelle&nbsp;\u201d est\n comprise comme l\u2019ensemble des r\u00e9f\u00e9rences culturelles par lesquelles une\n personne, seule ou en commun, se d\u00e9finit, se constitue, communique et \nentend \u00eatre reconnue dans sa dignit\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">C\u2019est pourquoi je consid\u00e8re que l\u2019essentiel du boulot des \nprofessionnels dit \u00ab&nbsp;de la culture&nbsp;\u00bb est de faire le maximum pour \n\u00e9tablir une relation de dignit\u00e9 avec les personnes auxquelles ils \ns\u2019adressent. C\u2019est tr\u00e8s concret et on a pu le traduire dans le quotidien\n des MJC de Bretagne \u2014 dont une Smac&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>Dans la d\u00e9claration de Fribourg, la culture est d\u00e9finie comme\n \u00ab les valeurs, les croyances, les convictions, les langues, les savoirs\n et les arts, les traditions, institutions et modes de vie \u00bb. \nC\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 peu pr\u00e8s tout ce qui est humain. N\u2019est-ce pas trop ? A \ntrop vouloir embrasser, ne finit-on pas par mal d\u00e9fendre ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>Jean-Michel Lucas&nbsp;:<\/strong> &nbsp;J\u2019ai l\u2019habitude de dire que la D\u00e9claration de Fribourg n\u2019est pas du tout anthropologique : elle est <strong>\u00e9thique.<\/strong> Il faut lire int\u00e9gralement cette d\u00e9finition de la culture, qui se termine par : \u00ab&nbsp;<em>par\n lesquels une personne ou un groupe exprime son humanit\u00e9 et les \nsignifications qu\u2019il donne \u00e0 son existence et \u00e0 son d\u00e9veloppement<\/em>&nbsp;\u00bb<em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Faire culture, c\u2019est donc l\u2019exigence de \u00ab&nbsp;faire humanit\u00e9 ensemble&nbsp;\u00bb  et de contribuer \u00ab&nbsp;au d\u00e9veloppement&nbsp;\u00bb de la personne\u2026 (la \u00ab&nbsp;teuf&nbsp;\u00bb,  certes, mais pas la personne d\u00e9grad\u00e9e\u2026). En ce sens, tout n\u2019est donc pas culture ! Et, d\u2019ailleurs, c\u2019est un combat quotidien pour faire  reconna\u00eetre que telle identit\u00e9 culturelle (avec ses convictions, ses  savoir-faire, etc\u2026) fait humanit\u00e9 ensemble, donc culture avec les  autres. (On a vu avec \u00ab&nbsp;le mariage pour tous&nbsp;\u00bb que \u00e7a pouvait  chauffer&nbsp;!)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">On dit aussi qu\u2019heureusement, le concept d\u2019humanit\u00e9 ne peut \u00eatre \nd\u00e9fini et fig\u00e9 par aucune force politique ou sociale ou religieuse. \nMalraux avait essay\u00e9 en identifiant \u00ab&nbsp;<em>les \u0153uvres capitales de l\u2019humanit\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb,\n ce qui suppose que les experts du Minist\u00e8re soient dou\u00e9s de la lucidit\u00e9\n \u00ab&nbsp;surhumaine&nbsp;\u00bb de dire les arts qui sont bons pour toute l\u2019humanit\u00e9 \nd\u2019aujourd\u2019hui et de demain ! Avec la contrepartie de rejeter les \ncultures qui ne sont pas capitales pour le genre humain\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Avec Alain Renaut, il vaut mieux dire que l\u2019humanit\u00e9 (c\u2019est-\u00e0-dire le\n \u00ab&nbsp;genre humain&nbsp;\u00bb) est un concept vide, qu\u2019il faut donc remplir par le \nd\u00e9bat politique. Sinon, d\u2019autres forces le rempliront \u00e0 votre place. \nAppliquez cette d\u00e9finition \u00e0 la musique et vous vous rappellerez les \ninterdits pour cause d\u2019indignit\u00e9 qui traversent l\u2019histoire des musiques \ndionysiaques (m\u00eame les Beatles y ont eu droit aux USA). L\u2019enjeu culturel\n (faire humanit\u00e9 ensemble) est alors ins\u00e9parable de la d\u00e9mocratie : il \nfaut toujours discuter de ce qui vaut (ou ne vaut pas) pour l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Ceci dit, cette d\u00e9finition \u00e9thique fait grand peine aux \nprofessionnels des disciplines artistiques. Je vois bien que rien ne les\n emp\u00eache de croire&nbsp; que \u00ab&nbsp;la&nbsp;\u00bb culture, c\u2019est eux, avec leur activit\u00e9 \ndisciplinaire. Mais cette revendication est toute&nbsp; relative et \nsectorielle, alors que la d\u00e9finition des droits culturels comme droit \nhumain \u00e0 l\u2019\u00e9gale libert\u00e9, l\u2019\u00e9gale dignit\u00e9, tient sa pertinence de son \nuniversalit\u00e9 : on peut penser un genre humain sans musique (les sourds) \nou sans peinture (les non-voyants) mais on ne peut concevoir une \nhumanit\u00e9 sans des personnes libres et dignes et reconnues comme telles \ndans leur identit\u00e9 culturelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">On le voit bien, il ne s\u2019agit pas de v\u00e9rit\u00e9s vraies mais d\u2019un choix \n\u00e9thique qu\u2019il faut toujours confronter aux autres pour v\u00e9rifier si l\u2019on \nfait bien humanit\u00e9 ensemble (d\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de la palabre.)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>Par exemple, la religion a-t-elle sa place parmi les \u00ab droits culturels \u00bb que d\u00e9fend la d\u00e9claration de Fribourg ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>Jean-Michel Lucas&nbsp;:<\/strong> &nbsp;La religion, et plus largement \nles convictions, composent l\u2019identit\u00e9 culturelle de la personne. Sauf si\n la religion est impos\u00e9e \u00e0 la personne&nbsp;; alors, il n\u2019y a plus de \nlibert\u00e9, ni de dignit\u00e9, au sens des droits culturels. On pourrait dire \nque ce n\u2019est pas la religion qui est culturelle, c\u2019est la personne qui \ninclut (ou non) telle religion (ou telle conviction) dans les r\u00e9f\u00e9rences\n culturelles de son identit\u00e9\u2026 Autant qu\u2019elle peut inclure telle musique,\n telle nourriture, telle litt\u00e9rature, telle fringue, etc., dans son \nidentit\u00e9 toujours \u00ab&nbsp;bricol\u00e9e&nbsp;\u00bb, comme dit Patrice Meyer-Bisch.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>Est-ce que le respect des \u00ab droits culturels \u00bb est un moyen \nd\u2019\u00e9viter le \u00ab choc des civilisations \u00bb qu\u2019avait annonc\u00e9 Huntington ou, \npour utiliser des termes moins manipulateurs, une \u00ab guerre des identit\u00e9s\n \u00bb ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>Jean-Michel Lucas&nbsp;:<\/strong> C\u2019est bien pour cela que l\u2019Unesco a fait adopter la <strong>D\u00e9claration  universelle sur la diversit\u00e9 culturelle<\/strong> en 2001 (2), deux mois apr\u00e8s le 11  septembre. Il s\u2019agit d\u2019une \u00e9thique de r\u00e9sistance par rapport \u00e0 la  r\u00e9alit\u00e9 massive des relations guerri\u00e8res (\u00e9conomiques, en particulier)  dans le monde. Le jeu est subtil : je te reconnais dans la dignit\u00e9 de ta  culture mais, en contrepartie, tu reconnais les autres aussi dans la  dignit\u00e9 de leur identit\u00e9. Comme ces identit\u00e9s culturelles de tous les  individus sont toutes diff\u00e9rentes (deux jumeaux fran\u00e7ais parisiens ont  par d\u00e9finition des identit\u00e9s culturelles diff\u00e9rentes), la seule cl\u00e9 de  sortie est la d\u00e9mocratie&nbsp;: c\u2019est la discussion (la \u00ab&nbsp;palabre&nbsp;\u00bb) entre  les identit\u00e9s pour quelles interagissent, \u00e9voluent les unes par rapport  aux autres, s\u2019accordent, se reconnaissent&nbsp;; chacun \u00e9voluant,  s\u2019\u00e9mancipant de sa propre tradition pour reconna\u00eetre l\u2019autre. Palabre  pour parvenir \u00e0 transformer les diff\u00e9rences culturelles en \u00ab&nbsp;diversit\u00e9  culturelle&nbsp;\u00bb: tous pas pareils, mais tous contribuant \u00e0 une m\u00eame unit\u00e9, celle du genre humain respectant les m\u00eames fondamentaux des droits  humains universels\u2026 en faisant culture ensemble (humanit\u00e9 ensemble),  chacun \u00e0 sa fa\u00e7on.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Le combat est perdu d\u2019avance car chacun voudra faire plus de bruits \nque l\u2019autre sur la sc\u00e8ne sans s\u2019occuper des voisins, mais c\u2019est un \ncombat universel car nier l\u2019exigence de l\u2019unit\u00e9 du genre humain, c\u2019est \nprendre le risque de n\u2019\u00eatre rien quand le plus fort vous consid\u00e8re comme\n inf\u00e9rieur. (Je pense volontiers \u00e0 Boko Aram pour expliquer que la \nr\u00e9f\u00e9rence aux droits humains universels n\u2019est pas abstraite, ni \nth\u00e9orique).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>En France, les termes \u00ab droits culturels \u00bb ne sont pas encore\n entr\u00e9s dans le langage commun. Que reste-t-il \u00e0 faire pour y parvenir ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>Jean-Michel Lucas&nbsp;:<\/strong> Beaucoup de modestie de la part \ndes acteurs culturels qui sont nombreux \u00e0 croire qu\u2019ils incarnent \u00ab&nbsp;la&nbsp;\u00bb\n culture ! Ils feraient mieux de revendiquer leur capacit\u00e9 \u00e0 nourrir la \ndiversit\u00e9&nbsp; culturelle, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 prendre part activement aux \ninteractions entre les identit\u00e9s culturelles, donc \u00e0 l\u2019\u00e9mancipation des \npersonnes, gr\u00e2ce \u00e0 leur savoir-faire dans l\u2019expression des imaginaires \net \u00e0 leur libert\u00e9 artistique (laquelle est un droit fondamental&nbsp; \nuniversel) \u00e0 exprimer l\u2019infinie sensibilit\u00e9 du genre humain\u2026 C\u2019est ce \ncombat \u00e9thique de l\u2019in\u00e9puisable sensibilit\u00e9 du monde qu\u2019il faut gagner \npar rapport aux forces qui restreignent l\u2019humanit\u00e9 \u00e0 des carcans moraux \nfig\u00e9s. Aux acteurs des disciplines artistiques de mener ce combat pour \nl\u2019\u00e9mancipation, au lieu de se contenter de compter les clients payant le\n prix du concert.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Les droits culturels, de ce point de vue, ce n\u2019est pas le droit \nindividuel \u00e0 \u00e9couter ce que je veux, quand je veux, comme je veux, c\u2019est\n l\u2019exigence que ma libert\u00e9 culturelle de personne fasse interaction avec\n les autres personnes, en libert\u00e9, en dignit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">C\u2019est moins dr\u00f4le mais si les acteurs y croient, peut-\u00eatre que les \n\u00e9lus y penseront\u2026 Aujourd\u2019hui, l\u2019illusion de la cr\u00e9ativit\u00e9 comme facteur\n de croissance monopolise la pens\u00e9e culturelle publique, mais \u00e7a ne \ndurera pas car l\u2019imaginaire humain ne se satisfera pas de l\u2019injonction \u00e0\n compter les recettes en fin de mois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Propos recueillis par Fran\u00e7ois Mauger<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>1)  <a rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\"D\u00e9claration de Fribourg (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\" href=\"https:\/\/droitsculturels.org\/blog\/2012\/06\/20\/la-declaration-de-fribourg\/\" target=\"_blank\">D\u00e9claration de Fribourg<\/a> <br>2) <a href=\"http:\/\/portal.unesco.org\/fr\/ev.php-URL_ID=13179&amp;URL_DO=DO_TOPIC&amp;URL_SECTION=201.html\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\"D\u00e9claration universelle de l'UNESCO sur la diversite culturelle (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\">D\u00e9claration universelle de l&#8217;UNESCO sur la diversite culturelle<\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Lire aussi : <a href=\"https:\/\/collectifmdm-idf.org\/2015\/02\/12\/2-fevrier-2015-lintervention-de-jean-michel-lucas\/\">\u00ab Droits  culturels : Comment mettre en pratique les Droits culturels  dans les  politiques publiques ? \u00bb \u2013 2 f\u00e9vrier 2015 \u2013  L\u2019intervention de Jean-Michel Lucas<\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-orange-color\"><strong>&#8212;o&#8212;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>11 novembre 2014 dans Entretien, par Fran\u00e7ois Mauger La prochaine journ\u00e9e de rencontre MDM IdF aura pour th\u00e8me la mise en pratique des droits culturels tels que d\u00e9finis dans la D\u00e9claration de Fribourg (1) \u00e0 travers des projets musicaux en \u00cele-de-France. Jean-Michel<\/p>\n<p class=\"link-more\"><a class=\"myButt \" href=\"https:\/\/collectifmdm-idf.org\/annuaire5\/droits-culturels-les-definitions-de-jean-michel-lucas\/\">EN SAVOIR +<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_rtcl_gb_attr":"","footnotes":""},"categories":[14],"tags":[32],"class_list":["post-368","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-entretien","tag-jean-michel-lucas"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/collectifmdm-idf.org\/annuaire5\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/368","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/collectifmdm-idf.org\/annuaire5\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/collectifmdm-idf.org\/annuaire5\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/collectifmdm-idf.org\/annuaire5\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/collectifmdm-idf.org\/annuaire5\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=368"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/collectifmdm-idf.org\/annuaire5\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/368\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/collectifmdm-idf.org\/annuaire5\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=368"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/collectifmdm-idf.org\/annuaire5\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=368"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/collectifmdm-idf.org\/annuaire5\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=368"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}